L’intérêt des consommateurs pour les régimes à base de plantes a engendré une vague d’innovation dans les alternatives aux viandes et aux produits laitiers à base de plantes. Un sondage récent de Mintel montre que plus d’un tiers des consommateurs allemands déclarent avoir consommé des substituts aux produits d’origine animale au cours des 6 derniers mois. Loin d’être une mode ou une tendance à l’engouement éphémère, ce régime alimentaire est désormais un style de vie. David Faulkner, Associate Director for Food and Drink chez Mintel, explore le potentiel de ce marché à la croissance rapide.

Quelles sont les raisons qui poussent les consommateurs européens à adopter des produits à base de plantes ?

Le mouvement qui opte pour des alternatives à base de plantes englobe les régimes stricts comme le végétalisme mais aussi le flexitarisme ainsi que des consommateurs qui cherchent simplement à réduire leur consommation de viande et de produits laitiers. Malgré le buzz généré par des régimes végétalistes, une majorité d’individus vise à consommer plus de plantes tout en réduisant, non en éliminant, les produits d’origine animale. Le souci des consommateurs envers les problèmes environnementaux et leur santé est le facteur déterminant derrière la tendance de régimes alimentaires à base de plantes. Les attentes en matière de santé jouent aussi un grand rôle dans la réduction des produits laitiers avec, par exemple, près de quatre Français sur dix consommant des aliments alternatifs, car ils sont, selon eux, meilleurs pour la santé que les produits laitiers.

Le profil changeant du consommateur d’alimentation à base de plantes européen

Le COVID-19 a donné un nouvel élan à l’alimentation à base de plantes. Que ce soient pour des raisons de santé ou de sécurité, certains consommateurs perçoivent le virus comme une raison de réduire leur consommation de viande, de volaille, de produits laitiers et d’autres produits d’origine animale. Au Royaume-Uni, plus d’un tiers des consommateurs affirment que la pandémie de COVID-19 prouve que les humains doivent manger moins d’animaux.

Il est peu probable que cet attrait décline pour les Européens après les vagues de COVID-19. Près d’un quart des Allemands ont décidé de manger moins de produits d’origine animale en faveur d’alternatives à base de plantes à la fin de la pandémie. Les plus jeunes générations sont particulièrement intéressées par ces substituts-là.

Comment les marques orientées sur les produits à base de plantes peuvent-elles développer leur potentiel de croissance future ?

Les marques n’ont eu de cesse de surfer sur le marché du végétalisme, en ciblant la population générale, plutôt que de choisir un petit segment des consommateurs végétaliens. Par exemple, au Royaume-Uni, seuls 3 % des adultes déclarent suivre ce régime alimentaire. Selon Mintel GNPD, en 2020, 20 % de tous les produits agroalimentaires lancés en Allemagne étaient labellisés comme étant des produits végétaliens, contre 14 % début 2016.

Les marques pourvoient aux demandes croissantes avec une sélection continuellement renouvelée d’alternatives véganes – celles-ci vont du bœuf aux produits laitiers en passant par toutes sortes d’alternatives aux produits d’origine animale comme le porc, le poulet, le poisson, le fromage, les yaourts et les œufs.

Le succès des produits végétaliens et végétariens est illustré par l’entreprise allemande Rügenwalder Mühle. Le leader des fabricants de viande transformée est désormais aussi le premier fournisseur des substituts de viande en Allemagne. En août 2020, il a été établi que la vente des substituts à la viande a dépassé les produits carnés pour la première fois depuis 186 ans.


Le “Cordon bleu végane” de Rügenwalder Mühle
Source : Open Food Facts

 

Les détaillants en épicerie cherchent à ajouter de la “boucherie à base de plantes” sur les étalages de leurs magasins. En 2021 au Royaume-Uni, Asda a annoncé qu’il allait mettre à l’essai un comptoir de boucher végane dans l’un de ses magasins. L’étal “Veelicious” offre une sélection d’alternatives sans viande, tels que le bacon à base de plantes “facon”, des burgers aux céréales et un alternative façon agneau, ainsi qu’une sélection de fromages véganes.

Le comptoir “Veelicious” propose sur leur menu du saumon et du thon végétaliens ainsi qu’un choix de fruits de mer à base de plantes de la marque Vegan Zeastar
Source : Instagram @veelicious

Les défis auxquels l’industrie à base de plantes fait face

Le goût est un facteur limitant pour les choix à base de plantes. Au Royaume-Uni, une majorité de consommateurs continue à affirmer que le lait de vache a meilleur goût que le lait à base de plantes.

En plus d’un goût agréable authentique, les consommateurs veulent aussi s’assurer qu’ils ne compromettent pas leur nutrition quand ils optent pour des produits à base de plantes. De la sorte, fournir des produits à haute valeur protéique et d’autres nutriments clés est important.

Toutefois, les produits alternatifs peuvent souvent contenir une longue liste d’ingrédients ou peuvent être considérés comme étant plus transformés que les produits d’origine animale. Pour augmenter l’appétence envers les alternatives aux produits carnés et laitiers, des caractéristiques étant considérées comme “naturelles” doivent être largement mises en avant.

Sur le long terme, les alternatives à base de plantes seront en compétition avec les produits d’origine animale fabriqués en laboratoire, dont les producteurs affirment offrir des options plus saines, plus éthiques et plus durables que les produits d’origine animale traditionnels.

Le prix peut aussi être un obstacle à l’utilisation des produits à base de plantes, car quelques substituts à la viande et aux produits laitiers peuvent être plus chers que les aliments “véritables”.

Finalement, les marques doivent faire tout leur possible pour atteindre des prix abordables afin de convaincre les consommateurs soucieux de leur budget que ces produits peuvent prendre une part régulière sur leur liste de courses.