La pandémie de COVID-19 a véritablement bouleversé le marché mondial de l’agroalimentaire. Des supermarchés pris d’assaut par crainte de pénuries aux travailleurs tombés malades tout au long de la chaîne d’approvisionnement, en passant par le coup d’arrêt porté au secteur de la restauration et le ralentissement du commerce international – lié aux interdictions de voyager et à la fermeture des frontières –, la période que nous traversons est inédite à bien des égards.

En avril 2020, la crise a contraint certaines des plus grandes entreprises de transformation de viande à fermer des abattoirs et des usines, à l’instar de Smithfield Foods, Cargill, JBS et Tyson Foods. À mesure que les capacités de récolte et de transformation diminuaient, de nombreux agriculteurs ont dû laisser pourrir les légumes dans les champs, jeter du lait et euthanasier des animaux. Dans le même temps, les prix du porc ont poursuivi leur progression en Chine, le marché subissant les conséquences de la peste porcine africaine et de nouvelles interruptions de production liées à l’épidémie.

Plus important encore, la pandémie a obligé de nombreux consommateurs à repenser leur façon d’acheter et de cuisiner les aliments. Alors qu’une certaine forme de distanciation physique, l’explosion du chômage et la récession économique continuent de façonner les marchés mondiaux, les entreprises de protéines et de produits naturels vont être confrontées à des défis et à des opportunités dans des domaines clés tels que la santé, la sécurité, le développement durable, la valeur et la confiance.

La viande animale ne trônera plus au centre de l’assiette

Aux États-Unis, au Brésil et dans certains pays européens, près de neuf personnes sur dix déclarent manger de la viande, selon une étude de Mintel sur la viande rouge sous-vide. Il n’est donc pas surprenant que les consommateurs se soient rués sur des produits de base comme le bœuf et le poulet. À mesure que nous entrons dans la « nouvelle normalité » post-COVID-19, les consommateurs continueront d’acheter de la viande, mais vraisemblablement en plus petite quantité et de façon moins fréquente.

La viande rouge non transformée sera la plus impactée. La viande de porc et de bœuf sera particulièrement mise à l’épreuve dans la réalité post-COVID-19, car les fermetures d’usines et les tensions qui pèsent sur les exploitations agricoles entraîneront une hausse des prix. Dans un environnement sensible aux prix, même les plus grands consommateurs de la catégorie pourraient choisir de réduire – voire de stopper – leur consommation de viande pour économiser de l’argent.

Les protéines animales légèrement moins chères tireront davantage leur épingle du jeu, comme lors de la précédente récession américaine, lorsque la charcuterie et la viande de volaille ont connu un rebond, les dépenses de consommation se détournant de la restauration au profit des repas au domicile.

Un intérêt croissant pour les produits découpés et mélangés, les questions relatives à la chaîne d’approvisionnement occupant le devant de la scène

L’augmentation de la prévalence de la peste porcine africaine a déjà contraint de nombreuses entreprises à considérer la découpe sous un nouvel angle en vue de répondre à la demande mondiale de protéines, notamment pour les produits à base de porc. À l’ère post-COVID-19, l’innovation en matière de découpe sera essentielle pour que les produits à base de protéines animales restent abordables, les interruptions de production (et les pénuries potentielles) et la lutte contre le gaspillage alimentaire entraînant une hausse des prix de la viande.

Les entreprises peuvent tirer parti de la découpe pour élaborer des produits à valeur ajoutée (condiments pour viande de qualité supérieure, en-cas, plats préparés et composants de repas, par exemple) à un prix inférieur et ainsi séduire les consommateurs qui peinent à comprendre le prix élevé de la viande.

Les produits mélangés qui allient des ingrédients d’origine animale et des ingrédients d’origine végétale moins coûteux et meilleurs pour la santé constitueront également un domaine d’innovation important.

L’intérêt des consommateurs pour les aliments « complets » rendra les produits naturels plus attrayants que les alternatives transformées

Les fruits, les légumes et les légumineuses bénéficieront également de l’intérêt des consommateurs pour les aliments qui, en ces temps difficiles, favorisent la santé et le bien-être. Aux États-Unis, Lundberg Family Farms et Green Giant mettent en avant la haute teneur en protéines de leurs plats surgelés à base de plantes et sans substituts de viande. Ces plats séduiront les consommateurs qui souhaitent manger plus de plantes et moins d’aliments transformés, tout en accordant de l’importance aux protéines.

Durant la pandémie, les consommateurs ont pu constater à quel point la vie sur la planète peut être fragile (le virus a ainsi souligné la vulnérabilité de nos systèmes alimentaires) et combien la nutrition humaine, l’agriculture, le développement économique et l’environnement sont intimement liés.
La question de savoir comment nourrir l’humanité tout en préservant la planète nécessitera d’adopter une approche intégrée basée sur les systèmes alimentaires. En d’autres termes, il convient non seulement de déterminer si les humains doivent ou non manger de la viande, mais aussi de résoudre des problèmes cruciaux qui se posent au niveau mondial, tels que l’insécurité alimentaire, la destruction des habitats et de la biodiversité et le changement climatique.

Les fournisseurs de fruits et légumes peuvent s’adresser directement aux consommateurs

Une fois libérés de toute crainte de pénurie, les consommateurs se tourneront davantage vers les fruits et légumes frais. Il s’agit là d’une belle opportunité pour les modèles de livraison de fruits et légumes en ligne, qui peuvent ainsi concilier avec succès fraîcheur, haute qualité et commodité.
Certains fournisseurs de fruits et légumes du secteur de la restauration, à l’instar de Lilu Fruits en Pologne, ont déjà identifié le potentiel de croissance et se sont repositionnés afin de répondre aux besoins des consommateurs individuels.

Faire du lien entre les protéines et la santé immunitaire un argument de vente

Les marques ont l’opportunité de créer un lien stratégique avec les consommateurs flexitariens et omnivores, et ce, en s’alignant sur les avantages qu’offrent les régimes alimentaires axés sur les protéines et les aliments complets. Plus précisément, il convient de souligner le rôle des protéines et des autres nutriments présents dans la viande rouge, la volaille et le poisson pour la santé du système immunitaire. Ce lien sera particulièrement important dans la mesure où les consommateurs s’interrogent sur la valeur globale des protéines animales.

30 % des consommateurs américains ayant mangé davantage de viande rouge qu’il y a un an invoquent l’apport de nutriments essentiels pour justifier cette augmentation, et la moitié d’entre eux déclarent essayer de consommer plus de protéines, selon une étude de Mintel sur la viande rouge sous-vide.

À mesure que les consommateurs s’intéressent de plus près à la santé de leur système immunitaire, les marques peuvent leur rappeler qu’une consommation raisonnable de bœuf, de poulet ou de poisson est bénéfique et que des petites portions peuvent leur fournir les nutriments essentiels à leur santé immunitaire et leur bien-être général.

Notre avis

Alors que la santé et la sécurité des personnes restent une priorité, les protéines animales et les substituts de viande bénéficieront de l’intérêt des consommateurs pour les protéines et autres nutriments susceptibles d’améliorer la fonction immunitaire. Chez certains consommateurs, toutefois, les sources de protéines évolueront au profit des substituts. L’engagement en faveur du développement durable et sa mise en valeur seront essentiels pour conquérir et conserver une part de l’assiette sur le long terme.