Alors que les festivités du Nouvel An sont désormais bien derrière nous, de nombreux Britanniques se sont engagés à renoncer à consommer de l’alcool jusqu’au 1er février, dans le cadre du mouvement Dry January, (littéralement « janvier sobre » ou « janvier sec »). Cette initiative, qui en est aujourd’hui à sa huitième année, encourage à l’abstinence éthylique pendant 31 jours, une façon d’éviter les gueules de bois, d’aider à affiner les tours de taille et d’économiser de l’argent.

Martin Pasco, de nationalité britannique, francophile et résident français, cite trois raisons pour lesquelles le « Dry January» est non seulement peu susceptible de traverser la Manche mais n’en a guère besoin.

Pour les Français, la modération, c’est toute l’année !

Les Français placent au centre de leur éducation la modération en toute chose, et tout particulièrement dans la consommation de boissons et d’aliments. A l’inverse, la culture britannique semble y accorder peu de place. En matière de consommation d’alcool, ce constat se traduit par une approche plus retenue. Les pratiques en vigueur dans les lieux de consommation sont aussi plus contenues : le vin blanc est ainsi traditionnellement servi dans des verres que les Britanniques considéreraient comme des dés à coudre… Cette habitude répond à une raison culinaire : le consommateur peut ainsi boire plus frais et a la possibilité de se faire resservir.  Cela contraste avec l’approche anglaise qui consiste à opter pour des verres de plus grande taille.

Par ailleurs, les publicités pour des marques d’alcools sont omniprésentes en France, et tout particulièrement à la radio, dans un pays où l’alcool fait partie du paysage culinaire. Ces publicités  s’accompagnent d’un avertissement gouvernemental rigoureux sur les conséquences de l’abus d’alcool. Il est possible que, dans ce contexte, le gouvernement français estime suffisante son action publique et s’en tienne à la promotion d’une attitude de consommation responsable d’alcool tout au long de l’année.

Le gouvernement britannique et les distributeurs soutiennent le « Dry January »

Le « janvier sobre » a démarré à l’initiative d’une association caritative britannique et est désormais soutenu par le service de santé public anglais, Public Health England. En janvier, des spiritueux sans alcool ont fait leur apparition dans les rayons du grand distributeur britannique J Sainsbury, qui souhaite faire découvrir à ses clients consommateurs de boissons alcoolisées des options sans alcool, à l’image des mocktails, des sirops aromatisés au gin & tonic.

A l’inverse, il a été rapporté que les associations viticoles et de Champagne dans l’Hexagone avaient consulté le Président français Emmanuel Macron sur l’opportunité de tester le « janvier sobre » pour la première fois en France en 2020. Selon des sources, la proposition n’aurait pas été adoptée par le Président français qui craignait qu’elle ne porte préjudice à l’industrie viticole française. Une telle proposition n’aurait pas non plus été conforme à l’option préférée qui consiste à promouvoir la consommation responsable tout au long de l’année.

Le Royaume-Uni, un marché innovant et éloigné des fabrications de vin traditionnel

Pour permettre au « janvier sobre » de gagner du terrain, les consommateurs doivent être disposés à remplacer les boissons alcoolisées par des alternatives non alcoolisées.

Le Royaume-Uni comme la France se sont lancés dans les bières sans alcool. En revanche, en matière de vins, une étude de Mintel a démontré que le Royaume-Uni était à l’origine de 70 % des lancements de vins non-alcoolisés tandis que la France ne figurait même pas dans le classement. Ce manque d’innovation signifie que les jeunes consommateurs de boissons français auront le plus grand mal à trouver des versions sans alcool à essayer.

Sans surprise, seuls 10 % des consommateurs français de boissons alcoolisées âgés de 18 à 34 ans manifestent un intérêt pour le vin sans alcool tandis que 18 % des Britanniques dans cette même tranche d’âge sont déjà passés à l’achat.

La différence reflète aussi peut-être le moindre enracinement culturel des Britanniques dans l’alimentation et les boissons qu’en France. L’absence de règles plus strictes libère peut-être les Britanniques et les pousse à être plus expérimentaux et à tester de nouvelles idées tout en étant moins contraints par des notions rigides sur l’avenir du vin.