Pour célébrer la Journée internationale des femmes 2021, nous avons demandé aux analystes de Mintel dans nos bureaux internationaux de mettre en avant une femme de leur secteur qui, selon eux, personnifie vraiment le thème de cette année : « le choix de défier ».

Magda Kubit, directrice générale de Magda Roślinna

Honorata Jarocka, Senior Global Food and Drink Analyst (Pologne)

Faire du véganisme un mouvement plus inclusif est au cœur du succès de Magda Roślinna, une petite entreprise locale dirigée par Magdalena Kubit et située dans une région montagneuse polonaise. Fondée en 1991 par le père de Magdalena, la société, autrefois une entreprise de fabrication de produits laitiers, s’appelait à l’époque Jogurty Magda, du nom de Magdalena. Dès sa création, l’entreprise a placé l’innovation au centre de ses ambitions. A partir de 2015, date à laquelle Magdalena a rejoint l’équipe, elle s’est résolument orientée vers les plantes. Les valeurs et les priorités de Magdalena sont profondément ancrées dans la santé et le respect de l’environnement. Elles sont aujourd’hui érigées en mission de l’entreprise.
Ainsi, fin 2017, les alternatives au yaourt PlantOn à base de noix de coco ont été introduites et ont rapidement gagné un public de fidèles.
La mission de Magdalena, qui consiste à célébrer la nature et à promouvoir des modes de vie sains, consiste également à proposer des produits à base de plante savoureux, abordables et accessibles. Une telle approche, associée à un style de communication positif, a permis à Magda Roślinna de toucher un nombre important de consommateurs au-delà des véganes et des personnes souffrant d’allergies aux produits laitiers ou intolérantes au lactose.

Le succès de l’entreprise dans le domaine des substituts de produits laitiers a également permis une évolution importante – et unique – dans le domaine de l’alimentation et des boissons en Pologne : mi-2020, l’entreprise a en effet annoncé sa transition officielle vers une société entièrement basée sur les plantes.

Sharon Chuter, fondatrice de UOMA Beauty

Roshida Khanom, Category Director for Mintel’s UK Beauty Reports (Royaume-Uni)

Si la « diversité » est devenue l’an dernier un mot à la mode dans la beauté, Sharon Chuter, fondatrice de l’UOMA Beauty, veille à ce que cela ne devienne pas une tendance éhémère pour l’industrie en s’imposant à l’avant-garde de l’inclusion.

L’été dernier, Sharon a lancé les deux campagnes « Pull Up For Change » et #PullUpOrShutUp afin de demander aux marques de beauté de révéler le nombre de leurs employés noirs, y compris au niveau de l’entreprise et des fonctions d’encadrement. Car si le fait d’afficher des boîtes noires et de tagger #BlackLivesMatter attire l’attention sur la question de l’inégalité, cela ne suffit pas vraiment pour faire la différence. La campagne a appelé les marques à être plus responsables aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’entreprise. Elle a également mis en avant les marques qui ont profité de la culture noire et des personnes noires tout en prenant du retard dans l’intégration de ces mêmes personnes au sein de leurs organisations. Dans les 72 heures qui ont suivi le lancement de la campagne, une pléthore de marques et de détaillants de produits de beauté, dont L’Oréal et Kylie Cosmetics, ont publié leurs statistiques et ceux qui ne comptaient pas de personnes noires dans leurs rangs ont promis de faire mieux.

Cette année, Sharon a lancé une pétition demandant à Merriam Webster et à l’Oxford English Dictionary de mettre à jour leur définition du terme « noir » afin de supprimer ses associations négatives. La campagne a collaboré avec des marques de beauté pour créer des éditions limitées de produits iconiques en l’honneur des personnes noires.

Sharon a elle-même été victime de préjugés raciaux et a dû faire face à de nombreux obstacles en tant que femme noire lors du lancement d’une marque de beauté célébrant l’inclusion et l’expression de soi. UOMA se traduit par « belle » en Igbo, une langue parlée par le peuple Igbo originaire du sud-ouest du Nigeria. La gamme de fonds de teint « Say What ?! » de la marque va au-delà de la nuance pour cibler les préoccupations spécifiques des différentes couleurs de peau, tandis que sa collection de rouges à lèvres mats appelée « Badass Icon » a été nommée en l’honneur des femmes noires d’influence.

Djamila Ribeiro et ses contributions au mouvement antiraciste au Brésil

Amanda Caridad, Mintel Senior Beauty & Personal Care Analyst (Brésil)

Alors que les mouvements sociaux se sont renforcés lors de la pandémie de COVID-19, les marques brésiliennes de beauté et de soins personnels n’ont d’autre choix que de répondre aux besoins des consommateurs à la peau foncée encore trop souvent négligés. Ce segment représente pourtant un potentiel pertinent et stratégique au Brésil, un pays connu pour sa diversité ethnique. Selon l’aspect de tendance de Mintel intitulé « identité » et son pilier sous-jacent, l’héritage, la manière dont les consommateurs considèrent leur patrimoine culturel est un élément important de l’expression de leur identité dans la société.

Consciente de la pertinence de ce sujet, la marque O Boticário s’est associée à la militante sociale, écrivaine et philosophe brésilienne Djamila Ribeiro pour réaliser une mini-série intitulée « Comment être antiraciste » en novembre 2020, mois au cours duquel est célébrée la Journée de la sensibilisation aux problèmes des personnes noires dans certains États brésiliens. La mini-série est divisée en quatre épisodes, durant lesquels Djamila discute du racisme structurel et des privilèges des Blancs, inspirés de ses best-sellers Little Antiracist Book (2019), Who’s Afraid of Black Feminism (2018) et What is Locus of Speech (2017). Outre sa collaboration avec O Boticário, Djamila a été invitée par la marque de cosmétiques Quem disse, berenice ?, qui fait partie du groupe Boticário, à co-créer son propre rouge à lèvres dans leur nouvelle collection « Women we love » (en portugais, « As Mulheres que amamos »), une édition limitée qui célèbre la liberté des femmes d’être elles-mêmes et la capacité de rompre avec les vieux schémas de beauté. Les marques pourraient s’inspirer de ces exemples et offrir une approche plus éthique sur des sujets de discussion pertinents comme le racisme.

D’après le rapport Mintel sur les attitudes à l’égard de l’éthique et de la durabilité au Brésil, (Mintel’s Report Attitudes Towards Ethics and Sustainability- Brazil), qui sera publié en août 2021, 58 % des Brésiliens attendent des marques qu’elles mettent en avant des valeurs d’égalité considérées comme éthiques (raciales, genres…). Ce pourcentage atteint même 61 % chez les femmes, ce qui laisse penser que les marques peuvent capitaliser avec succès sur les pratiques éthiques.
Djamila collabore actuellement à la rédaction de l’hebdomadaire Carta Capital et est éditorialiste au sein du quotidien Folha de S.Paulo. En 2019, Djamila a été lauréate des Prince Claus Awards, un fonds néerlandais établi en 1996 en soutien des artistes, des penseurs critiques et des organisations culturelles innovantes dans les domaines de la culture et du développement social. Elle a également fait partie de la liste des vingt femmes qui réussissent au Brésil établie par Forbes en 2021, conséquence de ses contributions dans la sphère sociale.

Rina Ishii, fondatrice de Nagi et directrice générale de BLAST Inc

Reiko Hasegawa, Senior Beauty and Personal Care Analyst (Japon)

Rina Ishii fait partie de la génération de jeunes entrepreneuses au Japon qui travaillent activement à l’émancipation des femmes dans son pays. Après le lancement de son média d’émancipation féminine BLAST et de sa marque de lingerie menstruelle Nagi en 2018, cette jeune femme de 31 ans est apparue dans la liste Forbes 30 under 30 dans la catégorie des influenceurs en 2019.

BLAST est un média spécialisé dans la célébration des femmes. S’appuyant sur les ressorts d’Instagram, de Twitter et d’IGTV pour stimuler l’engagement du public, le média couvre des sujets de société variés allant de l’hygiène menstruelle à la santé sexuelle, ce qui a pour effet de libérer la parole des femmes et des jeunes filles au Japon sur des sujets traditionnellement tabous dans ce pays.

La toute première collection de ces culottes, qui n’exigent pas de protection supplémentaire, a été totalement écoulée dès la première semaine. Conçue avec des styles et des options de couleurs différentes, la collection séduit également des consommateurs éco-responsables en recherche de solutions pour réduire les déchets et remplacer les tampons et serviettes périodiques jetables. Fabriquée au Japon, cette lingerie de très bonne qualité est non seulement super absorbante mais aussi confortable. Elle a aussi des effets déodorants et antibactériens. Encore niche sur le marché, la marque a réalisé des débuts prometteurs et a prouvé que les culottes de règles peuvent aussi constituer des alternatives pérennes aux serviettes hygiéniques et aux tampons. La marque célèbre aussi les belles formes de toutes les femmes dans ses campagnes de publicité.

En matière d’égalité des genres, le Japon est loin derrière les autres économies développées mondiales. Dans le rapport 2020 du Forum économique mondial, le Japon est tombé à la 121e place dans le classement mondial de 153 pays en matière de parité des genres. Cependant, grâce à Rina et à la marée montante de jeunes militantes en faveur de l’égalité, nous nourrissons de grands espoirs et pensons que ces femmes sont susceptibles de créer des changements positifs pour les générations futures.