Si, en Europe, de nombreuses marques misent sur les vaches pour leurs produits laitiers, la France se tourne vers d’autres espèces d’élevage et se trouve, par conséquent, à l’avant-garde de l’innovation dans ce domaine. Elle est, en effet, l’un des pays les plus prolifiques en matière de yaourts et desserts réfrigérés à base de lait de chèvre ou de brebis, avec un peu plus du cinquième des lancements de ces produits pour 2013-2014.

LES NOUVEAUX YAOURTS AU LAIT DE CHÈVRE OU DE BREBIS MISENT SUR LA SAVEUR

picture (2)Suite au lancement de son yaourt myrtille au lait de chèvre, Soignon (Eurial) en a commercialisé un à la fraise sur le marché français. L’emballage met l’accent sur la marque, l’origine du lait (lait de chèvre) et la saveur. La douceur et l’onctuosité du produit y sont rappelées, avec une photo des fruits pour bien insister sur la saveur.
Cependant, contrairement à de nombreux autres yaourts au lait de chèvre, l’image de l’animal n’est pas présente sur l’emballage pour illustrer l’origine du lait, ce qui laisse penser que Soignon vise un vaste public. Il est précisé au verso du pack que les yaourts Soignon « offrent à la famille toute entière les bienfaits naturels du lait de chèvre. »
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Soignon n’est pas la seule marque à sortir des sentiers battus dans le domaine des produits laitiers. En 2014, la joint-venture Nestlé Lactalis (LNPF) a également fait son entrée sur ce segment avec le lancement d’un yaourt au lait de brebis. Commercialisée sous la marque des fromages de brebis de Lactalis, Lou Pérac, la gamme comprend une version nature et une version sur lit de fruits rouges.

 

UNE BONNE ALTERNATIVE POUR LES CONSOMMATEURS INTOLÉRANTS AU LAIT DE VACHE

En France, les yaourts au lait de chèvre ou de brebis sont souvent positionnés par les marques comme étant plus faciles à digérer que ceux au lait de vache, bien qu’ils contiennent eux aussi du lactose. En effet, certains consommateurs ont plus de facilité à digérer les yaourts au lait de chèvre. Les globules gras du lait de chèvre sont généralement plus petits que ceux du lait de vache, ce qui permet aux enzymes digestives de les décomposer plus rapidement. Les yaourts au lait de chèvre constituent par conséquent une bonne alternative pour les consommateurs intolérants au lait de vache, c’est-à-dire à certaines protéines du lait.

Les alternatives au lait de vache attirent également un tiers des consommateurs de yaourts qui aimeraient voir plus de yaourts à faible teneur/sans lactose dans les rayons des supermarchés. Cependant, malgré la demande, dans le secteur des yaourts et desserts réfrigérés, les innovations à faible teneur/à teneur réduite/ sans lactose représentent seulement 1 % des lancements de produits pour 2014, contre 2 % pour l’Allemagne voisine et près de 10 % pour la Suède.

Et pourtant, bien que la consommation de lait soit source de problèmes chez un nombre significatif de consommateurs français, ceux-ci ne sont pas près de dire adieu aux produits laitiers. En fait, près d’un consommateur français sur cinq déclare que boire du lait cause parfois des problèmes digestifs.

Chez les Français amateurs de yaourts, le sujet divise l’opinion. Si 26 % des consommateurs de yaourts ne pensent pas que les yaourts au lait autre que le lait de vache soient meilleurs pour eux que les produits au lait de vache, ils sont presque aussi nombreux (24 %) à penser le contraire.

L’ORIGINE DU LAIT CONFÈRE UNE TOUCHE ARTISANALE

Outre les bénéfices sur la santé, l’utilisation de divers types de lait animal confère une touche artisanale et authentique aux yaourts et desserts réfrigérés, sentiment renforcé par le fait que les produits sont commercialisés par des marques relativement spécialisées ou de niche. D’ailleurs, sur l’emballage de ses yaourts au lait de chèvre, Lou Pérac ne mentionne pas le groupe auquel il appartient (LNPF).

De plus, une part considérable des yaourts et desserts au lait de chèvre ou de brebis est certifiée bio. En 2013-2014, les produits sous appellation bio représentaient plus de la moitié des lancements français de yaourts et desserts réfrigérés au lait de chèvre ou de brebis, contre 14 % sur la totalité des deux segments.

Dans l’ensemble, le nombre de yaourts et desserts au lait de chèvre ou de brebis lancés en France entre 2013 et 2014 a connu une croissance plus rapide que la catégorie toute entière, preuve s’il en est du potentiel du marché. Les yaourts et desserts réfrigérés au lait de chèvre ou de brebis représentaient 5 % des lancements en 2014 en France sur les deux segments.

Analyste spécialisée dans les produits laitiers et Directrice de recherches en Produits alimentaires et Boissons chez Mintel, Caroline Roux dirige l’équipe internationale d’analystes en produits alimentaires et boissons basée à Londres. Elle fournit aux entreprises laitières des informations précieuses sur les consommateurs ainsi que des recommandations réalistes. Elle surveille également les tendances de consommation et les innovations à l’international afin d’aider les clients dans leurs stratégies de croissance. Avant d’intégrer Mintel, Caroline a dirigé la stratégie de marque au Royaume-Uni et en France pour une entreprise laitière cotée au FTSE 250.